Samedi 1 mars 2008
La guérison d’un aveugle-né relatée par saint Jean nous présente trois formes de cécité :
·        Celle des disciples, conforme à la manière de penser de leur temps ; Qui a péché, lui ou ses parents?’ » Cette interrogation reflète une croyance assez répandue dans le judaïsme. Pas de souffrance sans culpabilité ; faute personnelle dans le cas d’un adulte ou faute des parents pouvant retomber sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération. Le péché amène le malheur et l’on tend – toujours - à rechercher une faute à l’origine de tout malheur. Et certes, à la source du mystère de la souffrance du monde, il faut poser le péché des origines qui fait de chaque descendant d’Adam un aveugle de naissance ; et qui ne sera réparée que par la souffrance d’amour du Saint Serviteur de Dieu, l’Innocent que portera sur lui nos fautes afin de les enlever. C’est à ce mystère rédempteur que les disciples vont être conduits à voir avec les yeux de la foi. En donnant la vue à l’aveugle-né, Jésus fera connaître que l’heure du salut est arrivée.
 
·        Celle de cet homme assis sur les marches du Temple dont les yeux sont fermés à la lumière depuis sa naissance. Il ne demande rien à Jésus, sinon qu’il mendie comme tous ceux de sa condition. Mais Jésus l’a vu et va lui offrir ce qu’il ne sait peut-être pas même désirer «  afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu » : une transformation radicale de son existence. Jésus met la boue sur ses yeux, les alourdissant de cette terre dont son être est pétri. Geste recréateur qui renvoie à celui de la création de l’homme, mais qui ne fait pas tout. L’homme doit faire sa part qui est obéissance à la Parole qui envoie, exercice de sa liberté : Va te laver à la piscine de Siloé (Envoyé). Ses yeux s’ouvrent parce que la Parole du Christ accueillie et mise en pratique, l’a libéré de son enfermement ténébreux. Une fois guéri, il opère un véritable chemin de découverte de la personne de Jésus. Devenu voyant, il va aussi devenir croyant. Dans la lumière de la foi, l’aveugle guéri connaît le mystère de la personne du Sauveur, la véritable source d’eau vive, l’Envoyé du Père. Il s’ouvre à une lumière qui dépasse de beaucoup celle que la guérison lui a apportée. Il reçoit la grâce de la foi qui fait reconnaître en Jésus, le Fils de Dieu fait homme, dont l’élévation sur la croix sauve la famille humaine.
 
·        Celle, enfin, des pharisiens qui est obstination volontaire. L’histoire commence avec un aveugle de naissance qui reçoit la vision physique et spirituelle. Elle s’achève avec des Pharisiens rendus spirituellement aveugles par leur orgueil alors même qu’ils pensent être clairvoyants. À eux aussi Jésus montre le chemin de la guérison et offre sa lumière. Nul n’est dispensé de ce discernement pour lequel est venu le Christ : se reconnaître faible et pécheur et accueillir humblement la Lumière ; ou demeurer dans les ténèbres de la suffisance et refuser de croire.
 
La grave maladie de l’homme est son péché qui est un aveuglement spirituel. Le Christ, Lumière véritable, se fait pour tous le médecin des pécheurs. Pour guérir, il faut consentir à ouvrir son intelligence à la grâce de la vérité qu’il dispense. L’homme peut se dérober coupablement aux prévenances de Dieu et s’aveugler sur sa destinée. Ceux qui se veulent disciples sont appelés se laisser ouvrir les yeux par Jésus, à dépasser le besoin de voir avec les yeux de la chair, pour entrer dans la vie de foi. C’est la béatitude promise par Jésus ressuscité : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. »


Soeur Marie de l'Esprit-Saint
Communauté des Dominicaines de Paray
par Diocèse d'Autun
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